 | Dessinatrice de presse, Sophie Pierre travaille d'ordinaire pour d’austères magazines économiques, où sa fantaisie parvient à égarer le CAC 40 et l’indice Dow-Jones sur les chemins de la poésie pure.
Sa sensibilité s’exprime aussi en des portraits d’amis, de ces affinités sentimentales souvent plus fortes et durables que nos amitiés de chair et d’os. De Bacon à Bonnard, Sophie Pierre révèle une empathie profonde avec ses modèles. Le déséquilibre guette de Stael et la musique de Glenn Gould tient à distance les ténèbres.
L'ironie n'est pas absente de ces dessins. On notera, à l'arrière-plan du portrait de Jean Norton Cru le monument élevé au "joujou patriotisme" que moquait Remy de Gourmont, comme un rappel désolant de la bêtise et de la cruauté des hommes.
Au détour d’un dessin, c’est aussi beaucoup d’elle-même qu’elle nous livre, avec discrétion et pudeur, dans le sourire de Hockney, dans un reflet sur la trompette de Chet Baker ou dans l’éclat sensuel d’un jaune.
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